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Alfred Nakache : le triomphe de la vie

Le 21 juin 2009

Alfred Nakache, espoir de la natation française

portrait d'Alfred Nakache

Alfred Nakache est né à Constantine en Algérie en 1915 dans une famille juive traditionaliste. Il débute la natation au sein du club local après avoir vaincu une peur épouvantable de l'eau et progresse rapidement. Ses résultats lui permettent de participer une première fois aux championnats de France en 1933 à seulement 17 ans. Lors de l'édition suivante en 1934, il termine deuxième du 100 mètres nage libre derrière Jean Taris ce qui lui vaut sa première sélection en équipe de France. Il s'établit alors dans la capitale et est licencié au club des nageurs de Paris. Les responsables de la FFNS (l'ancêtre de la FFN) ainsi que les quotidiens sportifs voient alors en lui l'un des plus grands espoirs de la natation française et Alfred Nakache défend les couleurs de la France lors de nombreuses rencontres internationales. Aux jeux olympiques de Berlin, il termine 4ème avec le relais 4x200 nage libre juste devant l'équipe allemande. Dans un contexte de rivalité entre la France et l'Allemagne ceci résonne comme un succès.

Malgré la guerre, le nageur devient un symbole

La brasse papillon?

Alfred Nakache a remporté de nombreux titres en brasse papillon. A cette période, il n'existait en effet que 3 styles de nage, la brasse et le papillon était mêlés, certains nageurs profitant d'une faille dans le réglement pour ramener les bras au-dessus de l'eau en brasse. Il existait donc aussi des épreuves de relais 3 nages et de 150 mètres 3 nages (au lieu de l'actuel 200 4 nages). Ce n'est qu'en 1953 que le réglement de la brasse fut précisé pour empêcher le retour aérien des bras et qu'une 4ème nage fut crée : le papillon (on autorisa alors par la même occasion le mouvement d'ondulations).

Après avoir servi dans l'armée de l'air au début de la guerre, Alfred Nakache revient à Paris à la démobilisation. Il subit à partir de septembre 1940, les premières mesures discriminatoires concernant les Juifs. Ces lois leur interdisent de nombreux emplois publics et ôtent à tous les Juifs d'Algérie la citoyenneté française. Alfred Nakache et sa femme, tout deux professeurs d'éducation physique sont directement touchés et décident en décembre 1940 de franchir la ligne de démarcation pour s'installer à Toulouse. Le nageur bénéficie alors de l'accueil chaleureux et du soutien du club des dauphins du TOEC. Le club lui offre la possibilité de continuer à s'entraîner mais aussi de travailler en tant que professeur d'éducation physique. A Toulouse, Alfred Nakache a des liens avec les réseaux de résistance juive et participe à la préparation physique des jeunes recrues intégrées aux unités de combat.

Il s'entraîne durement ce qui lui permet de remporter de nombreux titres pendant les années 1941 et 1942. Durant cette période, il bat le record du monde du 200m brasse papillon et efface en même temps le record d'Europe de l'allemand Balke, une nouvelle victoire face à l'Allemagne. Alfred Nakache renoue ainsi avec son statut de champion d'avant-guerre. Malgré la politique antisémite qui sévit alors en France, il bénéficie du soutien de Georges Drigny, président de la fédération française de natation, qui ne manque pas de commentaires élogieux à son égard. Largement médiatisé, il devient une icône populaire et un symbole pour la jeunesse.

Mais le statut de Juif prend peu à peu le pas sur son statut de champion...

A partir de 1942, la solution finale est appliquée en France et de grandes rafles sont organisées. Pourtant Alfred Nakache conserve pour un temps son statut de champion et demeure en équipe de France. A la fin du mois d'août 1942, il remporte facilement 5 nouveaux titres de champion de France. Il semble se sentir alors en sécurité à Toulouse entouré par ses amis du TOEC. De plus, l'archevêque de la ville Monseigneur Saliège adopte une position de défense des Juifs et Georges Drigny soutient toujours le nageur. Pendant cette période, il est tout de même la cible d'attaques de plus en plus fréquentes de la part des journaux antisémites et subit des manifestations hostiles à son égard comme lors d'une tournée en Afrique du nord.

En 1943, la situation bascule brutalement : Alfred Nakache n'est pas autorisé à participer aux championnats de France, le commissariat aux sports a décidé d'interdire la compétition aux Juifs. Une grande réaction de solidarité s'organise autour de lui : les dirigeants des dauphins du TOEC condamnent unanimement cette décision et 26 nageurs du clubs ainsi que 8 nageurs d'autres clubs refusent de participer à la compétition en signe de soutien. La FFN fait preuve de fermeté en suspendant les nageurs concernés et en radiant à vie le président des dauphins du TOEC. Toutefois, une quinzaine de jours plus tard, elle réhabilite tous les nageurs laissant penser qu'elle jongle alors entre les exigences allemandes et les aspirations plus morales qu'elle avait affichée auparavant.

Cependant, le mal est fait, cette absence de la compétition et le silence des médias qui s'ensuit privent le nageur de son statut de champion et de la protection que celui-ci lui conférait. Alfred Nakache bascule progressivement dans l'anonymat. En août 1943, les déportations s'intensifient : la gestapo secondée par la milice française déporte en masse les Juifs quelle que soit leur nationalité. Alfred Nakache est arrêté avec sa femme et sa fille à la fin du mois de novembre 1943. Il tombe alors dans l'anonymat le plus complet. Seul signe de son passé, à Drancy, il aurait reçu, suite à l'intervention de personnalités, une proposition pour quitter le camp mais en abandonnant sa famille. Il l'aurait refusé.

Une difficile reconstruction

A la libération, Alfred Nakache revient seul des camps, il ne pèse plus alors qu'une quarantaine de kilos. La famille d'Alex Jany, autre grand nageur de l'époque, s'occupe de lui à Toulouse et lui permet de se reconstruire en renouant avec sa passion. Avec Alex Jany et Georges Vallerey, il participe à deux records du monde sur 3x100 3 nages. Il est sélectionné une dernière fois en équipe de France pour les jeux olympiques de Londres en 1948 où il participe au 200m brasse papillon mais aussi en tant que membre de l'équipe de water polo.

En 1983, lors de son kilomètre quotidien dans le port de Cerbère, il est pris d'un malaise et meurt sur la plage. Sur sa tombe il avait demandé que l'on joigne à son nom celui de sa femme Paule et de sa fille Annie. Sa famille rajouta : "Homme de coeur et de rayonnement, tu restes un guide pour tous".

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