Bonjour tout le monde,
Comme certains ont pu le remarquer, j'ai pu échanger deux trois mots hier soir sur le chat, je viens tout juste de m'inscrire sur ce site, et, comme promis, je me propose ici de me présenter, histoire de faire connaissance et vous permettre de savoir quel nageur je suis ou plutôt quel nageur je ne suis pas.
"Je m'appelle Michel, j'ai 36 ans, je mesure 1m70 pour 61kg, yeux marrons, cheveux châtains, je recherche une blonde platine à forte poitrine (escamotable bien sûr, ça pourrait m'être utile en certaines circonstances) dont la disponibilité et le dévouement sans faille sont des..."Aaaaarrrrghhh ! Oups, désolé... Me suis trompé de site...
Hum, hum... reprenons...
Ainsi donc, comme je le disais, je me propose de vous raconter les circonstances qui m'ont amené à pratiquer la natation. Mon parcours aura sûrement quelque chose de déculpabilisant pour tous ceux qui hésiteraient ou n'oseraient pas se jeter à l'eau.
Quant à moi, je me suis jeté à l'eau il y a maintenant un peu plus d'un an, presque un an et demi. Avant cela je ne savais pas nagé, ayant quasiment toujours été dispensé de piscine durant ma scolarité à cause de petits problèmes d'oreilles et de tympans percés. Je ne m'en plaignais pas... au contraire !, étant d'un tempérament plutôt solitaire. Ces séances collectives, les chahuts dans l'eau, les vas-y que j'te pousse, les vas-y que j'te tire le maillot, bof, très peu pour moi.
Et puis, il y a quelques années j'ai commencé à avoir des petits problèmes de dos. Oh pas grand chose, sauf que je commençais à faire des lumbagos à répétition et parfois je restais coincé plusieurs jours, plié en deux, comme un petit vieux sur son déambulateur !
A chaque fois que je voyais mon médecin, il me disait toujours la même chose : "Il faudrait faire un peu de sport, il faut renforcer cette sangle abdominale. Un lumbago ne se soigne pas dans l'inactivité, le squelette est fait pour bouger, il s'articule... Il faut donc l'articuler. Nager, c'est le mieux, le moins traumatisant, le plus adapté...etc, etc."
Nager ! Pffff, la poisse !
Alors puisqu'il me fallait bouger, je bougerai, mais nager, sûrement pas !
Et je me suis inscrit dans une salle de sport. J'ai cru que je m'y ennuierai, la musculation, soulever des poids, compter jusqu'à 12, ça me semblait quelque part un peu stérile. Mais contre toute attente, ça m'a bien plu. Et puis il y a tout un tas de cours, des body machins ou body trucs, et finalement, une fois débarrassé de cette peur du ridicule, (80% des gens qui fréquentent ces cours sont des femmes, 20% sont des hommes, mais parmi eux, certains regards appuyés vous laissent supposer que peut-être ces hommes ont certains penchants qui pourraient vous mettre mal à l'aise). Enfin bref, au final, une fois ces petites gênes balayées, ces cours sont très ludiques, on se dépense bien et ça fait un bien fou. Ma sangle abdominale se renforçait, je faisais un peu moins de lumbagos... enfin, sauf que là c'est à cause de la musculation que parfois je me coinçais le dos. Un peu de fatigue, un mouvement fait un peu trop machinalement, sans être trop concentré, un peu relâché, un peu négligent... et clac, ça loupe pas ! Retour au déambulateur !
Néanmoins avec le temps et grâce à la pratique de la musculation j'ai appris à me connaître, mon corps, mes muscles, j'ai appris à cibler et isoler mes mouvements, en prenant des postures stables et bien gainées, j'ai appris à protéger mon dos.
Mais au fond, il restait quand même toujours un petit regret. J'entendais la voix de mon médecin :" Nager, il faut nager. La natation. La natation!" Et puis c'est vrai que l'été, sur la plage, ça serait bien aussi, plutôt que de simplement se tremper pour se rafraîchir, ça serait bien de pouvoir aller un peu plus loin... Là-bas, là où on n'a plus pied, à 100m, là où il y a ce rocher, duquel on peut plonger. Sur le coup, des rêves d'aventure plein la tête, on serait prêt à y aller. Après tout, mamie là-bas, avec ses 120 kg et son maillot de bain à fleur, elle a pas peur, elle. Elle y va, tranquillou, elle flotte comme une bouée, se laissant glisser au fil de l'eau, à peine ballotée par les petites vagues, on la voit gentiment remuer ses petits bras et ses petites mains, la tête toujours hors de l'eau, la mise en pli toujours au sec. Allez, c'est bon, j'suis motivé, j'me lance !... J'me jette à l'eau et commence à faire comme mamie et même si je n'ai pas de maillot de bain à fleur je commence à remuer mes petites mains et mes petites jambes et j'avance doucement,... doucement,... si doucement,... trop doucement... Jamais je n'y arriverai et même si c'était le cas je ne vois pas comment je pourrais revenir ! Mais comment fait-elle, mamie, pour avoir la zen attitude et flotter comme un canard sur l'onde paresseuse. Moi, voilà même pas deux minutes que je nage et déjà je remue frénétiquement les pieds, non plus pour avancer, mais pour chercher en désespoir de cause un grain de sable, une algue, un caillou, une boîte de conserve, quelque chose sur lequel poser mon gros orteil. Finalement je retourne sur ma serviette, rouvre mon bouquin et me laisse sécher au soleil... Au moins, ça m'aura rafraîchi.
Il fallait se rendre à l'évidence, ou je me décidais à apprendre à nager, ou désormais mes vacances je les passerai à la montagne...
Et puis, il y a un an et demi, vers le mois de septembre, j'ai pris mon téléphone et j'ai appelé la piscine de mon quartier. Je me suis dit que ça ne coûtait rien et que ça ne m'engageait à rien de prendre des renseignements. Là, d'emblée, on m'a demandé de laisser mes coordonnées, un maître nageur me contacterait dés qu'il aurait un créneau de libre.
Là, comme ça, ça m'a paru aller un peu vite. Mais comme j'étais pris au dépourvu, je n'ai pas su quoi répondre alors j'ai donné mon numéro de téléphone avant de réaliser ce que ces quelques chiffres impliquaient et de me laisser, une fois le combiné raccroché, dans un état de profonde angoisse.
Et 3 semaines se sont passées sans que personne ne m'appelle. J'étais tranquille et je finissais par croire qu'on m'avait oublié. C'était ainsi, c'était le destin. J'avais fait la démarche, j'étais serein, je ne nagerai pas, tant pis... Tant mieux...
C'est alors que, un vendredi, vers midi, le téléphone sonne...
"-Oui, allo, bonjour, c'est Olivier, maître-nageur, de l'Asptt. Voilà, j'aurais un créneau pour un cours le vendredi matin de 11h00 à 12h00."
(Le vendredi de 11h00 à 12h00... Le vendredi de 11h00 à 12h00... Mon Dieu, mais justement, je suis disponible le vendredi matin... Attends, Michel, t'emballes pas. T'es vraiment sûr d'être dispo le vendredi matin... T'aurais pas un p'tit truc à faire. J'sais pas moi, aller chercher du pain, repasser tes chemises, laver la vaisselle... C'est sûr t'as vraiment rien à faire...)Alors j'ai répondu, livide, exsangue, à demi-comateux :
"- Euh... Oui, ça me va !
- Bon ben, à vendredi alors...
- Oui, super... A vendredi..."
(Super... Il a dit super... Mais il est fou... Et en plus il se nargue... Fais c'que tu veux, moi j'veux rien avoir à faire avec ça !)C'est comme ça que ça a commencé. Le vendredi suivant, je me suis pointé à la piscine, la peur au ventre après avoir très mal dormi. J'avais l'impression de passer le permis de conduire, ou pire, c'était comme avant l'épreuve de philo du bac, quand on attend que l'examinateur ouvre l'enveloppe des sujets, le regard baissé, fixant la trotteuse de sa montre. J'aurais donné cher pour être ailleurs.
J'ai acheté un bonnet de silicone, un bleu, y'avait plus de noir. Me suis mis en maillot et me suis présenté à Olivier. Mon premier cours s'est relativement bien passé. Ce n'était qu'une prise de contact. Il a voulu se rendre compte de ce que je savais, comment je nageais, etc. Alors je lui ai montré "la nage de mamie", 120kg, maillot à fleurs, mise en pli impeccable, et ai commencé à bouger mes petites mains et mes petites jambes, pour qu'il voit comment je voguais sur les flots... Après cela, la suite du cours n'a pas été désagréable, à l'aide d'une planche j'ai fait quelques longueurs de battements, puis d'autres exercices... L'heure est vite passé, j'étais content...
Je pouvais l'être... J'aurais dû plus en profiter car les séances qui ont suivies ont été rien moins que cauchemardesques. La première fois, il ne m'avait pas demandé de mettre la tête sous l'eau et d'y respirer comme si subitement, parce que j'avais décidé de nager, il fallait qu'il me pousse des branchies sur l'instant. Pourtant des branchies, je n'en ai pas et je n'en aurai jamais. Combien de litre d'eau j'ai avalé, par le nez, par la bouche. J'étais là avec ma planche à battre des pieds et à essayer de synchroniser mes mouvements de bras avec mon souffle, rentrer la tête sous l'eau, et compter... 1er temps, apnée, 2eme temps, souffler par le nez, par la bouche, "par où qu'tu veux", 3ème temps, inspirer... Ouf, il était temps. Et on recommence... Et puis sans la planche. Début de crawl, mise en place des 3 temps... Une éternité, voilà ce que me paraissait ces quelques secondes sous l'eau, un monde. Je devais souffler quand j'avais envie d'inspirer, j'avais hâte de sortir la tête de l'eau, je devais lutter contre ce sentiment d'oppression. Et puis, inévitablement, je finissais par inspirer dans l'eau... Panique... Vite sortir la tête de l'eau... Toux frénétique... On se calme... On reprend la "nage de mamie", tranquillou, zen. Je suis un canard... Je suis un canard...
Mais non, je n'étais pas un canard et zen je ne l'étais pas. Quand je commençais une longueur, j'avais hâte d'arriver au bout de la ligne et je ne pensais qu'à une chose m'accrocher à l'étrier du plot de départ. Arrivé là-bas, je ventilais comme un bœuf, reprenant mon souffle désespérément... C'était pathétique... Remarquez, je ne pensais pas vraiment à l'image de moi que je pouvais donner, une seule chose me préoccupait, il fallait bien que je retourne là d'où j'étais parti...
Olivier me dit alors : "Michel, on ne croirait pas, quand on te voit comme ça, tu as l'air calme... Mais en réalité dans l'eau, tu es un vrai psychopathe ! On a l'impression que tu as la rage et que tu pourrais frapper tout le monde !" Oui, c'est sûr, je ne suis pas un canard... Moi, je voulais juste respirer et je luttais contre l'asphyxie.
A la longue, il s'est avéré que je nageais trop vite pour un début. J'étais pressé d'arriver au bout, alors je battais des jambes de toutes mes forces, je me fatiguais vite, il me fallait de l'air, je soufflais trop dans l'eau parce que j'avais envie d'inspirer et quand enfin j'inspirais, j'avalais l'air comme le dernier râle d'un agonisant.
Évidemment après ces constats, le pull Buoy semblait tout indiqué... Mais comme si ça ne suffisait pas, Olivier me rajouta ce qu'il appela le "donut's", un cercle de mousse troué en son milieu et dans lequel on passe les chevilles, histoire de bloquer mes jambes et leurs mouvements compulsifs dans leur totalité. Et me voilà parti, tout saucissonné, essayant tant bien que mal de nager un truc qu'on pourrait peut-être appelé "crawl", à grand renfort d'imagination. Impossible de rester en place.
"Serre les abdos, gaine-toi, contracte les fesses !" Voilà ce qu'il me disait campé dans ses tongs.
Mais j'avais beau essayer de tout contracter, c'était plus fort que moi, je faisais la toupie, irrémédiablement je me retrouvai sur le dos et je luttais comme un diable pour tenter de rester sur le ventre.
On aurait dit une knack dans une casserole d'eau frémissante !
Alors voilà en gros pour mes premiers pas de nageur.
Heureusement aujourd'hui, ça va un peu mieux, même beaucoup en comparaison de ce que c'était. Je nage le crawl, correctement semble-t-il, si j'en juge par les non-réflexions d'Olivier. De temps en temps il me corrige un placement de bras ou de main, quelques petits défauts, en tout cas la respiration est en place... enfin relativement. Depuis octobre, il s'est mis en tête de me faire nager le papillon. Les cours sont plus complets, plus structurés et plus intensifs, preuve que j'ai dû progresser. Le tout est alterné par des 100m 4 nages, bien qu'on n'ait jamais vraiment abordé la brasse ni le dos. Enfin j'essaie de faire de mon mieux.
Très souvent il me dit, "Vas-y, fais un 100m brasse, ou un 100m dos, pour récupérer...".
Pour récupérer !
Mais moi, après ces nages je suis aussi crevé que si j'avais nagé le crawl. Ce qui me fait penser que peut-être j'aurais un problème d'endurance, je ne sais pas. Je me fatigue très vite. Peut-être ma respiration n'est pas si bien en place que cela. Je ne suis peut-être pas encore suffisamment zen. Je ne suis pas assez "canard", pour optimiser un maximum mes efforts. Aujourd'hui, en crawl, je peux nager 400 m sans souffrir exagérément...
avec des petites pauses volées quand Olivier tourne la tête ou regarde son portable, je m'accroche un peu à l'étrier caché derrière mes lunettes fumées jusqu'à ce que je l'entende crier :" Mich'... Oh... Qu'est-ce tu fous ?..."... Là bien sûr, je repars vite... D'ailleurs, au début, il me disait que quand on est capable de nager 150m voire 200m en crawl, après on peut nager autant qu'on veut. Pourtant aujourd'hui je nage 400 m et je n'ai vraiment pas l'impression que je pourrais en nager plus... Au bout de cette longueur, je suis ruiné, et il me faut bien 2-3 minutes de récup avant de repartir...
Quant au papillon, je résiste relativement bien sur 25m, le retour est plus pénible, avec la fatigue, je rame un maximum, à tel point que je n'arrive plus à ressortir les bras de l'eau et qu'alors j'ai l'impression de tirer toute l'eau de la piscine avec moi, et plus ça va mal, moins on avance, et moins on avance, plus ça va mal !
C'est un peu donc pour trouver toutes les réponses à ces questions, que je me suis inscrit ici, ayant découvert votre site par hasard en cherchant un type de séance qui pourrait peut-être me permettre de travailler mon endurance.
Je nage 2 fois par semaine en général, le cours d'Olivier, et une fois seul... pour faire en sorte que ce cours soit plus facilement supportable.
En tout cas, je suis content des efforts produits et du résultat aussi mince soit-il. Quand je sors d'un de ces cours de natation, je suis vidé. Je me sens léger. Les sinus un peu encombrés. Bien hydraté avec toute l'eau que j'ai avalé à mon insu. Je suis un peu groggy, comme si j'avais bu ou fumé un joint et quand j'inspire à pleins poumons, je sens des petites courbatures entre mes côtes... C'est une vraie satisfaction, un délice, car elles sont la preuve de tous mes efforts fournis. elles sont un peu ma fierté.
Voilà, j'en ai fini... Désolé d'avoir été aussi long... Je me suis laissé emporter par mon récit... J'espère néanmoins que me lire ne vous ennuiera pas trop...