Nage en eaux libres : venez témoigner !

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Bolovar
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Re: Nage en eaux libres : venez témoigner !

Message par Bolovar » lun. 27 juin 2022 13:54

En complément de @Frog qui nous a partagé son Défi Monte Cristo 5k du vendredi 24/06/22, voici mon retour sur le 6k du dimanche 26/06/22.

Température de l'eau annoncée à 23-24°C. Connaissant mes aptitudes à vite surchauffer dans une combinaison néoprène, je décide sans l'ombre d'un doute de nager en simple maillot de bain.
Au vestiaire, j'entends des échanges sur quelques méduses qui auraient été aperçues la veille, mais stagnant à 2-3 mètres de profondeur elles n'ont pas gêné les nageurs.
A l'embarquement, le bateau qui vient nous chercher revient du Chateau d'If où il a déposé des nageurs du 5km (1ère vague), dont le départ est 1h avant le 6km (2ème vague). 4 nageurs descendent de ce bateau, ils nous informent qu'il y a des méduses autour du château et qu'ils n'ont pas souhaité prendre le départ. Bon ... la présence de méduses se confirme.

Le bateau se remplit et part pour le Chateau d'If. Lorsque le bateau manœuvre pour accoster, je distingue 2 méduses proches du quai.
Une fois les 2 autres bateaux arrivés, le briefing commence et nous est annoncée la présence de méduses. Globalement le message était le suivant : il y a des méduses par endroit, pas partout ; ceux qui préfèrent ne pas prendre le départ peuvent remonter dans le bateau encore à quai, l'organisation prenant à sa charge le remboursement de la course.
Je ne prends pas le temps de regarder si certains remontent dans le bateau, je préfère rapidement me mettre à l'eau pour m'acclimater à la température de l'eau car l'attente même à l'ombre du château a fait chauffer les corps. L'eau est effectivement bien bonne et plutôt calme; cristalline, je vois plein de poissons et ... quelques méduses facilement évitables.
Tout le monde se rapproche des bouées matérialisant la ligne de départ, coup de corne de brume, c'est parti.

Je me trouve rapidement pris dans un groupe très compact, beaucoup de coups (involontaires) échangés, impossible de m'en défaire. A ce moment là, je veille surtout à ne pas me prendre un coup de pied dans le nez. Et au bout de quelques centaines de mètres, alors que je ne contrôle pas vraiment ma trajectoire du fait du groupe (nous partons trop à droite malgré les kayaks qui tentent de nous remettre dans le droit chemin), l'enfer commence ...

... grosse sensation de brûlure sur l'épaule gauche ... je connais cette douleur, c'est une méduse ... je relève la tête ... DES MEDUSES ... PARTOUT ... digne d'un film d'horreur, sur le fond noir de l'eau à cet endroit du parcours, des méduses apparaissent en quantité inimaginable, navigant entre 1 mètre et la surface, juste pour nous quoi ! J'entends des gens crier, de peur et/ou de douleur, je percute des nageurs qui s'arrêtent net devant moi, et me fais percuter pas ceux qui me succèdent. A gauche, à droite, des méduses tout autour de moi et des nageurs qui paniquent ! Au milieu de ce banc de méduses, je sens bien que je panique aussi, ma hantise en mer ce sont justement ces bêtes là, mais la pensée qui prend le dessus est de sortir au plus vite de cette mer**. Donc pas le choix je me remets à nager fort sur les bras et avec beaucoup de jambes, en priant intérieurement "pas le visage, pas le visage". Et là j'enchaine les piqûres : 1 sur le flanc droit ... puis une grosse sur la cuisse gauche ... encore à gauche cette fois au niveau du poignet, j'ai l'impression d'avoir une tentacule coincée dans le bracelet de ma montre tellement ça brûle... toujours plein de méduses devant moi, il faut continuer d'avancer mais je sais que je vais m'en reprendre et je m'y prépare mentalement ... ça y est, ça taillade à nouveau, piqûre au flanc droit puis à la cuisse droite ... ça brûle de partout. Finalement, sans trop être capable de dire combien de temps ça a duré, je constate être sorti du banc.

Adrénaline, peur, douleur, crispation, sacré cocktail qui enfume un peu mon esprit et mon corps. J'en reste pas moins conscient que ma respiration n'est vraiment pas top, que ma trajectoire non plus d'ailleurs, et que j'ai des débuts de crampes dans les jambes. J'essaye de me relâcher, de reposer ma nage avec une respiration 3 temps, mais c'est très dur avec tout ce que j'ai donné dans ce banc de méduses. D'ailleurs, est ce que c'est fini les méduses, ou est ce que ce n'était que le premier acte ?

Arrive la première bouée de virage au niveau du rocher des pendus ... à presque 150° ... retournons nous droit dans les méduses ? Mais ce segment pour aller passer entre les iles d'Endoume et Gaby se fait face à une bonne houle. Le vent s'est levé, et la houle avec. Je me concentre sur ma nage, ça me fait oublier les méduses. J'essaye d'augmenter la cadence de bras pour moins subir les vagues, j'y arrive un temps mais l'épisode méduses m'a bien entamé. Les vagues rendent difficile l'orientation, car je ne vois pas les bouées au loin. Pas le choix que de suivre bêtement les nageurs devant moi. J'en suis un, mais je constate qu'il est autant perdu que moi, et qu'il confond certaines bouées de signalisation avec celles de notre course ... bref on zigzague. Je passe entre les iles et commence le suivi de la côte. Je sens un petit coup de fatigue, j'avale le gel que j'avais glissé dans mon maillot. Psychologique ou pas, ça me rebooste un peu et j'arrive à reprendre un rythme de nage un peu plus soutenu. Côté brûlures des méduses, je sens toujours bien celle de l'épaule gauche et du poignet, ces 2 zones passant régulièrement à l'air. Je sens également celle de la cuisse gauche, comme si je m'étais pris une "béquille". Pour les autres qui restent immergées, l'eau de mer a fait son effet et a estompé la douleur. Je reste toutefois en alerte, mon placement de la tête n'est donc pas optimal du tout car je scrute beaucoup devant moi avec la crainte de voir réapparaitre de nouvelles méduses.

Sur cette phase, la houle est moins gênantes pour la nage, mais elle me fait régulièrement dévier vers la côte. Je dois en permanence corriger ma trajectoire grâce aux kayaks qui nous encadrent, car je ne vois les bouées que très tardivement à cause des vagues. Ce n'est également qu'au passage des portes que je retrouve d'autres nageurs, entre les portes on a tendances à s'écarter les uns des autres. Mais plus on se rapproche du dernier virage, et plus les trajectoires convergent. C'est alors que je me retrouve au côté d'un autre nageur, il a un rythme qui me convient bien ; je me dis que je vais rester avec lui jusqu'au virage, et que j'essaierai de le lâcher sur le dernier sprint. Lui ne l'a pas envisagé comme ça : je sens qu'il commence à changer de rythme, et à la vue de la bouée du dernier virage il met une bonne accélération ... je ne le reverrai plus.

A l'approche de la dernière bouée, je percute une nageuse complètement à contre sens. Le dernier virage étant à près de 170°, elle a du dévier dans son sprint final ... entre la fatigue et les vagues, c'est compliqué pour tout le monde. A mon tour je fais mon dernier virage et sprinte vers l'arrivée. J'aperçois des nageurs loin devant moi donc peu de chance de les rattraper ; je ne sais pas si d'autres me talonnent, alors j'essaie quand même de garder une bonne vitesse pour ne pas me faire dépasser. Je passe enfin sous l'arche, et bipe mon bracelet pour en finir avec cette édition. Au final, je n'aurai pas recroisé de méduses après l'épisode du banc au départ.

Une fois sorti, je constate une longue file d'attente au poste de secours propre à l'organisation ; beaucoup de nageurs couverts à divers endroits de mousse à raser ... ça a l'air d'être le traitement adopté ici. Mes 6 piqûres me brûlent, mais c'est tolérable, du coup je passe mon tour et laisse ma place à plus nécessiteux.
Toute le reste de la journée, je comparerais mes douleurs à celles de piqûres d'orties : désagréables, mais rien d'insupportable. Et à l'heure où j'écris ces lignes, traces toujours visibles sur la peau, aucune douleur mais zones encore sensibles au toucher.

Voilà, j'ai coché la case "banc de méduses" ... si Dame Nature peut m'éviter de le revivre, je suis preneur. Mais bon, c'est ça aussi l'eau libre, ça change du chlore et des petits carreaux. :+

EDIT : une des nombreuses vidéos qu'on peut trouver sur le net : https://www.instagram.com/reel/CfQ6TELFM8S
Modifié en dernier par Bolovar le lun. 27 juin 2022 15:47, modifié 1 fois.
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Re: Nage en eaux libres : venez témoigner !

Message par Frog » lun. 27 juin 2022 14:19

Bravo à toi Bolovar, pour ta course et pour le récit détaillé et instructif.
Dire que j'ai failli m'inscrire sur le dimanche finalement je préfère la houle que les méduses.
J'ai déjà croisé des méduses en m'entrainant mais pas de Pelagia, que des méduses inoffensives telles que les équorées ou les méduses chou-fleur.
C'est intéressant que tu compares les piqûres à des orties car je me demandais quel type de douleur ça fait, et si c'est gérable.
Cela dit vu leur nombre je comprends que certains nageurs aient paniqué.
Je crois que la panique est le pire qui puisse arriver à un nageur. J'ignore si j'aurais géré comme tu l'as fait.
Je me suis déjà fait piquer au genou mais sans pouvoir identifier la méduse.
Un copain qui a fait le 5K du dimanche a pris ce banc de méduses et a continué à nager aussi. Il était en maillot et a bien dérouillé aussi. Lui a été piqué à nouveau au niveau de l'île d'Endoume.
Il a trouvé la course éprouvante, et c'est un habitué pourtant.
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Re: Nage en eaux libres : venez témoigner !

Message par Bolovar » lun. 27 juin 2022 19:12

Frog a écrit : lun. 27 juin 2022 14:19 Bravo à toi Bolovar, pour ta course et pour le récit détaillé et instructif.
Dire que j'ai failli m'inscrire sur le dimanche finalement je préfère la houle que les méduses.
J'ai déjà croisé des méduses en m'entrainant mais pas de Pelagia, que des méduses inoffensives telles que les équorées ou les méduses chou-fleur.
Nageant tous les étés en méditerranée, je croise souvent des Pelagia, mais dès qu'il me faut plus de 1 main pour les compter, je sors de l'eau direct et j'espère qu'elle seront parties le lendemain. En revanche je n'ai jamais croisé d'autres espèces (hormis des vélelles, qui sont régulièrement prises pour des méduses)


Frog a écrit : lun. 27 juin 2022 14:19 C'est intéressant que tu compares les piqûres à des orties car je me demandais quel type de douleur ça fait, et si c'est gérable.
Au moment de la piqûre, c'est quand même vraiment douloureux. Mais très rapidement (quelques minutes), là douleur s'estompe grâce à l'eau de mer (d'ailleurs en cas de piqûre, il est conseillé de rincer à l'eau de mer, surtout pas douce).


Frog a écrit : lun. 27 juin 2022 14:19 Cela dit vu leur nombre je comprends que certains nageurs aient paniqué.
Je crois que la panique est le pire qui puisse arriver à un nageur. J'ignore si j'aurais géré comme tu l'as fait.
Moi-même je n'aurais pas imaginer réagir comme ça, vu qu'habituellement dès que je vois 4-5 méduses je sors de l'eau. Mais là en pleine mer, je n'ai pas eu l'impression d'avoir à choisir une solution, la seule qui s'offrait était d'avancer pour s'en sortir. Je n'ai pas imaginé un seul instant rester sur place au risque de me faire encore plus piquer, je voulais juste m'éloigner de ces méduses le plus vite possible.


Frog a écrit : lun. 27 juin 2022 14:19 Je me suis déjà fait piquer au genou mais sans pouvoir identifier la méduse.
Un copain qui a fait le 5K du dimanche a pris ce banc de méduses et a continué à nager aussi. Il était en maillot et a bien dérouillé aussi. Lui a été piqué à nouveau au niveau de l'île d'Endoume.
Il a trouvé la course éprouvante, et c'est un habitué pourtant.
Je plains ton ami. Content pour ma part de ne pas avoir recroisé de méduses sur le reste du parcours.
C'était mon 2ème DMC 6km en maillot (*), autant celui de sept-2021 était un pur plaisir, autant celui-ci était très éprouvant, c'est le bon mot effectivement.



(*) : j'en ai fait également 4 (5km) en combinaison néoprène, mais j'avoue que je ne compare pas, car c'est vraiment une autre expérience de n'avoir aucune aide à la flottaison. Loin de moi de minimiser la nage avec combinaison ; d'ailleurs sans combinaison, je n'aurai probablement jamais osé me lancer sur ce genre d'épreuves. Mais franchement, qu'est ce que c'est grisant de finir ces courses en simple maillot de bain à 20€ au milieu de combinaisons à plusieurs centaines d'€ :mrgreen:
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