Crédit photo : Jeremie Janisson
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En ce week-end de novembre, ils sont environ 35 à être venus, parfois de province, pour suivre le stage proposé pendant 2 après-midi par l’association le pied dans l’eau. Ce qui les réunis c’est la peur de l’eau, une peur qui les poursuit depuis des années et qui, pour beaucoup d'entre eux, trouve son origine dans un traumatisme vécu pendant l’enfance. Mais ils ont également en commun une forte volonté de la dépasser. Tous ont déjà fait d’autres tentatives pour en venir à bout, en leçons particulières par exemple, mais celles-ci se sont toujours avérées non concluantes.
Les conditions sont idéales, l'eau est chauffée à bonne température et le bassin leur est entièrement réservé. L'équipe de l'association est composée de 7 personnes, des maîtres nageurs mais aussi d'anciens aquaphobes venus partager leur expérience. Jean-Pierre qui en est le co-fondateur accueille les participants dans l'eau et leur explique en détail sa démarche. Ce stage annonce-t-il doit permettre de "se réconcilier avec l'eau" et "les progrès dans ce domaine ne peuvent être obtenus en se faisant violence". Les principaux facteurs de réussite seront au contraire de prendre du plaisir dans l'eau et de se détendre.
Les premiers exercices sont consacrés à l’immersion. Mettre la tête dans l’eau n’est pas forcément quelque chose de nouveau mais ce n’est pas non plus quelque chose d’agréable. A peine la tête dans l’eau, beaucoup la ressorte immédiatement. Les exercices souvent ludiques vont se succéder : on souffle, on chante sous l’eau, on se parle, on essaie de toucher le fond du bassin. Au fil des exercices les stagiaires restent de plus en plus longtemps sous l’eau sans s’en rendre compte. Mais surtout un premier objectif semble atteint, ils sont détendus et prennent de plus en plus plaisir à s’immerger.
La deuxième étape de la journée sera de ressentir cette poussée d’Archimède qui permet de flotter, Jean-Pierre insiste : il ne s’agit pas de comprendre ou d’imaginer que l’on flotte mais bien de le ressentir. Une idée inconcevable pour nos apprentis nageurs qui se voient plutôt comme des exceptions à cette loi physique pourtant universelle. Mais les exercices s’enchaînent, le matériel pour aider à flotter permet de les faciliter temporairement : des frites, une paire de brassard voir deux, chacun choisit ce qui lui permettra de se sentir sécurisé. Les exercices ne consistent pas simplement à s’allonger mais à pouvoir modifier son équilibre pour changer de position (se remettre debout, s’allonger, passer du dos au ventre, se mettre en boule…). Ceci confère une certaine aisance dans l’eau et le fait de pouvoir se remettre facilement debout rassure.
Les derniers exercices de la journée auraient paru totalement impossibles aux stagiaires 5 heures plus tôt. Certains participants vont par exemple s’immerger et passer entre les jambes de 3 ou 4 personnes avant de revenir à la surface.
Le programme de ce deuxième jour est "d’affronter quelques monstres", selon les mots de Jean-Pierre. Un de ces monstres est souvent porteur d’angoisse : le grand bassin. Mais avant cela, les animateurs proposent de refaire les grands exercices de la veille car malgré les nombreuses réussites qui ont eu lieu, beaucoup de participants craignent de ne pas arriver à les refaire. « J’avais peur d’avoir peur de nouveau » nous expliquera par exemple Françoise. Les acquisitions de la veille étant vite retrouvées on commence aussi à se déplacer, sans apprendre des techniques de nage mais en développant librement des appuis sur l’eau.
Puis c’est le passage au grand bassin avec plus ou moins d’appréhension, des cages y ont été disposées pour permettre de prendre un appui solide au milieu du grand bain. Les participants vérifient d’abord qu’ici aussi ils flottent. Pour cet exercice comme pour ceux qui vont suivre, ils se sécurisent eux même, la présence des encadrants est pourtant bien réelle mais ils se font assez discret. Véronique nous l’expliquera : "en cours particulier, on est parfois un peu dépendant de son maître nageur, ici on apprend à se sécuriser entre stagiaires. Ceci peut permettre ensuite de venir à la piscine à deux ou à trois pour refaire les exercices." Les passages entre la cage et les bords de bassin se multiplient, d’abord avec des brassards puis sans matériel. Ces déplacements se font avec de plus en plus d’aisance, sans crispation ni crainte.
A la fin du stage, certains s’aventurent avec succès sur l’atelier entrées dans l’eau où ils sautent, plongent ou descendent dans l’eau à partir d’un toboggan puis reviennent au bord calmement. La réconciliation avec l’eau semble alors totale.
Tous ceux que nous avons interrogés repartiront satisfaits de leur stage et décidés à multiplier les expériences avec l’eau. Mais en dépassant cette peur, ils ont aussi remporté une victoire personnelle dont les effets positifs dépasseront souvent le simple fait d’apprendre à nager.