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Quel trajet sous l'eau en crawl (et en papillon)? S ou I?

Le 13 décembre 2021

En crawl et en papillon, faut-il dessiner un I, c'est-à-dire parcourir avec la main une ligne droite pendant tout le trajet sous l'eau? Ou la main doit-elle parcourir un S, c'est-à-dire aller vers l'extérieur puis vers l'intérieur au cours de son trajet sous l'eau (en fait il s'agit d'un S côté droit et d'un S inversé côté gauche)?

Le documentaire Secrets d'athlètes, qui avait fait beaucoup parlé de lui en son temps, permet de mieux comprendre cette question. L'extrait concerné se trouve entre 37min45 et 40min00.

Un argumentaire partiellement exact

Le trajet en S a donc été développé dans les années 60 (1) par l'entraîneur américain James Counsilman. Il espérait ainsi imiter le modèle de l'hélice ou de l'aile d'avion en créant une propulsion supérieure grâce à la force de portance. L'idée est que le nageur n'avance pas simplement par le principe d'action/réaction (j'appuie vers l'arrière pour aller vers l'avant), mais qu'il peut aussi créer de la propulsion grâce à des mouvements latéraux. Il n'aurait donc pas intérêt à aller directement, en ligne droite, vers l'arrière, mais à réaliser un trajet sinueux.

D'après l'argumentaire de Secrets d'athlète, l'efficacité de ce mouvement en S a été démentie depuis, et c'est pour cela que Michael Phelps a modifié sa technique, et a adopté un trajet plus rectiligne sous l'eau. Cette partie de l'explication n'est pas convaincante car la théorie de Counsilman est vraiment ancienne, et les études qui l'ont contredites datent majoritairement des années 90 (2). L'évolution dans le trajet de Michael Phelps ne se base donc probablement pas sur cette vieille querelle entre portance et action/réaction. Des trajets non rectilignes sont d'ailleurs aussi très souvent visibles chez les nageurs de papillon, ce qui ne cadre pas avec l'idée simple d'une vieille théorie réfutée.

Trajet du bras selon Counsilman

Schéma issu du livre The New Science of Swimming de James Counsilman (1994) montrant le trajet du bras (3)

Pour ceux qui s'intéressent à l'aspect historique, la théorie de l'entraîneur américain était assez complexe, et à l'époque, complètement révolutionnaire. Elle impliquait :

  • Des trajets sineux sous l'eau dont les courbes sont très prononcées (4).
  • Une orientation particulière des mains qui ne doivent pas être orientées complètement vers l'arrière. C'est un point majeur qui différencie la théorie de Counsilman des autres.
  • Et diverses autres indications sur le rythme du mouvement ou la position du coude.

En résumé, le fait que le modèle de Counsilman soit largement contredit indique que vous ne pourrez pas transformer vos mains en hélices (dommage !), mais il n'implique pas pour autant que vous deviez passer à un trajet hyper rectiligne. Il y a beaucoup de possibilités entre les deux.

Un trajet sinueux est parfois intéressant pour le nageur lambda.

Tirer droit peut sembler assez intuitif. Cependant, cela pose un problème en natation : lorsqu'on commence à se propulser, on met l'eau en mouvement avec sa main et son bras. Or, une fois que l'eau est en mouvement, il devient plus difficile de s'appuyer dessus pour avancer et le mouvement perd en efficacité. C'est un peu comme si on courait sur un sol de plus en plus mou.

Une première solution à ce problème est d'accélérer le mouvement sous l'eau. L'accélération permet de garder un appui plus solide, ce qui correspond à la sensation "d'eau dure", que l'on peut avoir avec ce type de mouvement. Pour des nageurs comme Michael Phelps, ce n'est pas vraiment un problème. Ils ont largement la force suffisante pour accélérer leur mouvement, et pour garder cette accélération tout au long de leur course.

La question se pose assez différemment pour les nageurs qui ne pratiquent pas à haut niveau. Certains seront capables de garder une accélération suffisante pour avoir un appui solide, d'autres non. Tout dépend de la force, du style de nage (plus ou moins en rattrapé) et de la distance à parourir. Si l'on a du mal à accélérer suffisamment, décrire un trajet moins rectiligne peut être une solution. Cela permet de décaler la main et de retrouver ainsi une masse d'eau immobile sur laquelle il sera plus facile de prendre appui.

Toutefois, par rapport à ce que l'on a pu voir avant, il faudra faire attention à deux points :

  • La main reste orientée vers l'arrière (paume vers les pieds) pendant tout le trajet.
  • Les trajets latéraux seront moins importants que sur la photo ci-dessus. La main ne doit pas aller trop vers l'extérieur au début du mouvement, ni dépasser la ligne médiane du corps ensuite. Des trajets trop prononcés sont inutiles et peuvent déséquilibrer la position du corps.

Si vous regardez de nouveau le documentaire, vous aurez une illustration assez intéressante de ce nouveau trajet en S : il s'agit du mouvement de Michael Phelps avant correction.

Conclusion : que faire?

  1. Faire attention à ses sensations. Quand vous faites votre mouvement, vous devez ressentir une certaine résistance au niveau de la main. L'eau doit vous sembler dure.
  2. Si ce n'est pas le cas, essayez d'avoir un mouvement plus accéléré (6). La main doit aller de plus en plus vite vers l'arrière au fur et à mesure du mouvement.
  3. Si vous avez du mal à mettre en place cette accélération, alors un mouvement plus sinueux peut être intéressant à mettre en place.

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Notes pour ceux qui veulent aller plus loin

Il est difficile d'aborder cette question technique de façon claire et concise. J'ai donc préféré mettre ces différentes notes et références à part pour ne pas surcharger l'article. Elles représentent cependant des aspects essentiels de la question.

(1) Il est tentant de faire apparaître Counsilman comme un homme du Moyen-Age. Effectivement, la théorie de la portance a été publiée pour la première fois en 1970 (Counsilman. The application of Bernoulli's Principle to human propulsion in water, 1970). Cependant, sa carrière fut longue et son dernier livre date de 1994.

(2) L'un des plus grands auteurs américains, Ernest Maglischo, l'enterre ainsi dans l'introduction de son livre Swimming Fastest en 2003 en indiquant qu'il a changé sa vision de la propulsion car les études les plus récentes montrent que les nageurs ne peuvent pas tirer profit de cette théorie. Les premières pages de son livre abordent justement les modèles de propulsion avec beaucoup de précision. C'est un livre d'un apport inestimable pour de nombreuses questions techniques.

(3) On pourra remarquer avec le shéma proposé que le S façon Counsilman est très exagéré, la main franchissant la ligne médiane du corps. Cette exagération est un point important et volontaire pour augmenter la force de portance. Ce type de mouvement semble peu recommandable car il entraîne une perte d'alignement du corps. Cela laisse tout de même la place à une grande variété de mouvements, entre un S moins marqué et un trajet rectiligne.

(4) Certaines études suggèrent que le mouvement non rectiligne est naturel en crawl du fait du roulis. Elles ont souvent été comprises à l'envers. C'est l'argument de l'illusion d'optique, très surprenant si l'on considère le S chez les nageurs en papillon (qui n'ont donc pas de roulis). Au contraire, le roulis augmente la courbure du trajet sous l'eau comme le montre par exemple Payton, The Effect of Body Roll on Hand Speed and Hand Path in Front Crawl Swimming—A Simulation Study, 1997.

(5) On peut mettre cette idée avec un autre moment du documentaire sur Michael Phelps où le commentaire insiste sur le fait que celui-ci n'a aucune bulle d'air au niveau de sa main lorsqu'il réalise son mouvement propulsif. Cela lui permet d'avoir un appui plus stable et plus performant. Et si vous avez bien suivi ce qui précède, c'est un élément qui "l'autorise" à réaliser un mouvement plus rectiligne que le nageur moyen. Celui qui amène plus d'air sous la surface peut-il suivre son exemple?

(6) Pour les lecteurs de Nager un crawl efficace, il faut mettre cela en rapport avec les principes de l'étape 4 de la progression pédagogique qui porte sur l'accélération du mouvement.

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