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Nager un crawl efficace

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Trajet en S ou en I, débats et polémiques

Le 5 janvier 2018

Voici quelques semaines, est sorti mon livre Nager un crawl efficace. Il fait parti d'une collection de trois livres qui ont représenté un peu plus de deux ans de travail.

L'auteur du livre Le Guide du crawl moderne a récemment revendiqué la paternité d'une partie concernant le trajet du bras sous l'eau en crawl. C'est une situation un peu génante car je connais effectivement son texte depuis longtemps... mais il ne me paraît ni exact ni conforme à l'esprit de Natation pour tous.

Pour couper court à cette curieuse lecture, je me suis dit qu'il serait intéressant d'en profiter pour faire un article de fond sur une des questions les plus complexes en natation.

Petit historique

Pour comprendre rapidement le sujet de cet article, rien de tel que de regarder un petit extrait du célèbre documentaire Secrets d'athlètes, sorti en 2008, et présent désormais en intégralité sur Youtube.

La vidéo devrait normalement démarrer au bon moment, sinon l'explication se trouve entre 37min45 et 40min00

Pour résumer, le trajet en S a été développé dans les années 60 (1) par l'entraîneur américain James Counsilman. Il espérait ainsi imiter le modèle de l'hélice ou de l'aile d'avion en créant une propulsion supérieure grâce à la force de portance. Cependant, l'efficacité de ce type de mouvement a été démentie depuis. Michael Phelps modifie donc, fort logiquement, sa technique pour réaliser sous l'eau un trajet plus rectiligne avec sa main.

Cette explication m'a rapidement posé problème. En effet, en faisant la compilation des études existantes, je me suis aperçu que celles qui contredisaient la théorie de Counsilman dataient très majoritairement des années 90 (2). Phelps, le meilleur nageur du monde, semblait un peu long à la détente sur ce coup-là !

Des trajets non rectilignes sont d'ailleurs aussi très souvent visibles chez les nageurs de papillon. Bizarre pour une théorie réfutée.

Trajet du bras selon Counsilman

Schéma issu du livre The New Science of Swimming de James Counsilman (1994) montrant le trajet du bras (3)

Pour comprendre ce paradoxe, je me suis plongé dans deux livres de Counsilman et sa théorie est bien plus complexe que ce qu'on en lit habituellement. Son but est d'utiliser les trajets latéraux des mains pour créer une propulsion. Cela implique :

  • Des trajets sineux sous l'eau dont les courbes sont très prononcées (4).
  • Une orientation particulière des mains qui ne doivent pas être orientées complètement vers l'arrière.
  • Et diverses autres indications sur le rythme du mouvement ou la position du coude.

Le deuxième point, l'orientation de la main, fait indiscutablement la singularité du modèle de Counsilman mais il est souvent oublié. Aujourd'hui, on considère que la paume de la main doit être orientée vers les pieds lorsqu'on réalise le mouvement sous l'eau. Counsilman, au contraire, utilise un mouvement de godille où la main n'est surtout pas placée dans cette direction.

En réduisant la théorie de Counsilman, comme le fait le guide du crawl moderne ou le documentaire, à une question de trajet en S, on fait passer l'idée que ce trajet a été scientifiquement réfuté. Or, il peut très bien être utilisé dans d'autres modèles de propulsion comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant. C'est ce qui explique qu'on puisse, encore aujourd'hui, voir des trajets non rectilignes et que ceux-ci ne doivent pas être considérés comme des défauts.

Un trajet sinueux peut-il avoir des avantages modernes?

Le fait que le modèle de Counsilman soit largement contredit indique que vous ne pourrez pas transformer vos mains en hélices (dommage !) mais il n'implique pas que vous deviez forcément passer à un trajet hyper rectiligne.

Quel peut être l'intérêt d'un mouvement non rectiligne? L'idée la plus importante tient à une spécificité de l'appui en natation. Lorsqu'un nageur commence à se propulser avec son bras, il met toujours de l'eau en mouvement avec sa main. Or, une fois que l'eau est en mouvement, il devient plus difficile de prendre appui dessus pour se projeter vers l'avant (5). Décrire un trajet non-rectiligne permet de décaler la main et de retrouver ainsi une masse d'eau immobile sur laquelle il est plus facile de prendre appui.

J'ai abordé cet aspect dans la partie questions/réponses de mon livre (donc en dehors de la progression pédagogique) car il ne s'agit pas d'un point technique indispensable. Certains nageurs, avec une bonne technique, et un mouvement très accéléré (6), peuvent également trouver un bon appui en réalisant un mouvement rectiligne. Je crois cependant qu'il était très important de proposer les deux options dans mon livre car tous les nageurs n'ont pas la force nécessaire pour réaliser un mouvement rectiligne et suffisamment accéléré. Je pense même que, passé un certain âge (7), une grande partie des nageurs ne le peuvent pas. Un mouvement non rectiligne peut alors leur apporter une solution. Or, le principe de mon livre est justement de rechercher des solutions techniques accessibles à tous.

C'est à mon avis la différence principale avec Le Guide du crawl moderne (entre autres). Je vois ce dernier comme une compilation de conseils, souvent issus de l'analyse technique des nageurs de très haut niveau. Dans cette partie de son livre par exemple, l'argumentation de l'auteur fait une large part aux exemples de nageurs (Yannick Agnel, Camille Muffat) vus comme des modèles. Mon expérience, à travers notamment les stages que nous avons pu organiser ces dernières années, m'amène à penser que la nage des champions olympiques est rarement transposables en l'état aux nageurs "lambda". Je me suis donc interdit d'écrire qu'il fallait faire "comme tel champion". J'ai plutôt essayé de partager une méthode d'enseignement et de réfléchir à partir des possibilités des pratiquants.

Epilogue

Il peut y avoir plusieurs angles de vue sur les questions techniques et j'espère que cet article a permis de l'expliquer. J'essaierai aussi de montrer dans un prochain article qu'il existe des débats plus tranchés et portant sur des questions bien plus fondamentales. Lancer des débats est d'ailleurs selon moi l'un des intérêts de l'écriture d'un livre.

Le côté moins positif, est que j'ai constaté qu'avaient été déposés juste avant Noël deux avis négatifs, très similaires, sur Amazon concernant le livre Nager un crawl efficace. Ils reprennent, probablement par un malheureux hasard, les mots et arguments que m'a envoyés cet auteur.

J'espère que cela ne vous dissuadera pas de lire les livres de la collection Nager efficace.

Notes pour ceux qui veulent aller plus loin

Il est difficile d'aborder cette question technique de façon claire et concise. J'ai donc préféré mettre ces différentes notes et références à part pour ne pas surcharger l'article. Elles représentent cependant des aspects essentiels de la question.

(1) Il est tentant de faire apparaître Counsilman comme un homme du Moyen-Age. Effectivement, la théorie de la portance a été publiée pour la première fois en 1970 (Counsilman. The application of Bernoulli's Principle to human propulsion in water, 1970). Cependant, sa carrière fut longue et son dernier livre date de 1994, il est intitulé "The New Science of Swimming". Je prépare d'ailleurs un article sur ce très grand entraîneur.

(2) L'un des plus grands auteurs américains, Ernest Maglischo, l'enterre ainsi dans l'introduction de son livre Swimming Fastest en 2003 en indiquant qu'il a changé sa vision de la propulsion car les études les plus récentes montrent que les nageurs ne peuvent pas tirer profit de cette théorie. Les premières pages de son livre abordent justement les modèles de propulsion avec beaucoup de précision. C'est un livre d'un apport inestimable pour de nombreuses questions techniques.

(3) On pourra remarquer avec le shéma proposé que le S façon Counsilman est très exagéré, la main franchissant la ligne médiane du corps. Cette exagération est un point important et volontaire pour augmenter la force de portance. Ce type de mouvement semble peu recommandable car il entraîne une perte d'alignement du corps. Cela laisse tout de même la place à une grande variété de mouvements, entre un S moins marqué et un trajet rectiligne.

(4) Certaines études suggèrent que le mouvement non rectiligne est naturel en crawl du fait du roulis. Elles ont souvent été comprises à l'envers. C'est l'argument de l'illusion d'optique, très surprenant si l'on considère le S chez les nageurs en papillon (qui n'ont donc pas de roulis). Au contraire, le roulis augmente la courbure du trajet sous l'eau comme le montre par exemple Payton, The Effect of Body Roll on Hand Speed and Hand Path in Front Crawl Swimming—A Simulation Study, 1997.

(5) On peut mettre cette idée avec un autre moment du documentaire sur Michael Phelps où le commentaire insiste sur le fait que celui-ci n'a aucune bulle d'air au niveau de sa main lorsqu'il réalise son mouvement propulsif. Cela lui permet d'avoir un appui plus stable et plus performant. Et si vous avez bien suivi ce qui précède, c'est un élément qui "l'autorise" à réaliser un mouvement plus rectiligne que le nageur moyen. Celui qui amène plus d'air sous la surface peut-il suivre son exemple?

(6) Pour les lecteurs de Nager un crawl efficace, il est très pertinent de mettre cela en rapport avec les principes de l'étape 4 de la progression pédagogique qui porte sur l'accélération du mouvement.

(7) Permettez moi de rester ici volontairement imprécis pour ne vexer personne. Cependant, je pense que l'évolution de l'entraînement, qui amplifie très nettement le travail de musculation hors de l'eau, n'est pas indifférente à l'évolution du trajet sous l'eau. Un trajet rectiligne étant plus puissant mais demandant plus de force. Pour cette raison, à moins que vous n'alliez en salle 3 fois par semaine, je ne souscris pas du tout à la conclusion du Guide du crawl moderne qui prend argument de l'évolution des nageurs de haut niveau.

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